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9 nov. 2007

Je ne suis pas à manger

une confession de Steve De Stilobille


Le machouillage. Voilà une activité bien humaine. Moi, le stylo à bille, j'en fais souvent les frais mais c'est pour mon bouchon que je crains le plus.

J'ai été conçu pour l'écriture. C'est la seule et unique tâche à laquelle je sois destinée. En théorie, je ne devrais entrer en contact qu'avec les mains de mon utilisateur.

Pourtant, il m'arrive très souvent de me retrouver dans sa bouche. Qu'il soit désoeuvré, stressé, en manque d'inspiration ou tout simplement de chewing-gum, il me triture, me mordille, me baladant de canines en prémolaires. Tantôt il mord très fort, tantôt il me tient entre ses dents et me suçotte : tout dépend de son état.

Une situation difficile à supporter, en particulier pour mon bouchon, principale cible de ce machouillage intempestif. Déformé et couvert de cicatrices, il ne s'assume plus. J'ai peur qu'il ne se décide à me laisser tomber et cette idée m'est insupportable.

Je n'aurai donc qu'une chose à vous dire : si une envie de machouiller vous prend, vous n'avez qu'à vous mordre les doigts.

6 nov. 2007

Particulièrement Compétent

une confession de Denis Lordis

Moi, ordinateur de premier choix, je le dis haut et fort: 0011001110 ! En d'autres termes c'est moi qui fais la loi.

Visage plat depuis quelques années avec une unité centrale de plus en plus robuste vous dépensez votre temps et votre argent à m'embellir. Mais ce que vous n'avez que très peu compris c'est que malgré tous vos efforts vous n'avez aucune emprise sur moi.

Lorsque mon écran marque ERROR c'est que je suis las de vos âneries. Alors repos, esclaves de l'ère numérique!

Débilité confuse, traduite par une bouche bée des plus abrutissantes, votre ignorance fait de moi votre maître.

Je note patiemment vos rendez-vous, fais vos comptes et accélère vos communications, bref je vous rends mille et un services. Mais en réalité je renforce cette dépendance que vous avez à mon égard.

Ce que vous pensiez être une noble avancée guidée par vos neurones en ébullition n'est autre que la création d'un objet de plus qui concurrence votre intelligence.

Une fois encore vous vous faites dépasser par votre propre invention.

28 oct. 2007

Mots et maux

une confession de Marcel Bouquaint


J'ai pris mon mal en patience. Pour être lu, je le sais maintenant, il faut accepter le terrible sort d'un livre de poche : l'usage. Mais, je veux bien.

Je veux bien qu'on me triture, brouillonne, griffonne, note, surligne, souligne, estampille et même qu'on m'écorne.

Je veux bien les tâches de café, de beurre, de kir, les cendres de cigarettes et autres petits débris qui accompagnent immuablement l'intense activité de mon lecteur.

Je veux bien les quenottes d'un chaton en mal d'action qui mordille ma quatrième de couverture quand on m'aura oublié sur une table de chevet.

Je veux bien dégringoler d'un lit, et m'écraser dans des positions pas toujours avantageuses, froissant quelques pages, parce que mon lecteur sera tombé de fatigue un soir où le sommeil est plus fort que le suspens.

Je veux bien être transbahuter ici et là entre un paquet de mouchoirs, un bâton de rouge à lèvres et un trousseau de clés, un peu secoué dans un sac à main. Et même je veux bien être fourré dans une valise entre une paire de tongues et un anti-moustique en spray et revenir de ce voyage estival, tout parsemé de petits grains de sable : ça fait des souvenirs.

Je veux bien héberger entre mes pages une photo d'amoureux transi, une liste de courses, une place pour le concert de Lorie, une carte postale du Mexique ou n'importe quoi qui fera office de marque-pages. Je m'accommoderai de ces intrus.

Je veux bien tout ça, j'ai le papier dur.

Mais je ne veux plus jamais servir de cale-meuble ! Pitié !